Dans les années 50, Paris  voit une poignée d'artistes américains s'installer dans un petit hôtel miteux de la rue "Gît-le-Coeur". L'endroit sera surnommé plus tard le "beat hôtel". Ces artistes sont issus des milieux aisés américains et vivent leur art en réaction à la société de l'époque jusqu'à l'ériger en un mode de vie extrême, où toutes les expériences sont possibles. Ces artistes seront Burroughs, Orlowsky, Corso, Ginsberg...

Pourtant 80 ans auparavant Paris avait déjà connu un mouvement semblable. La beat génération n'avait pas été la première à choisir cette ville pour exprimer ses angoisses existentielles à travers la création littéraire. Il y eu bien sûr Baudelaire, mais aussi une multitudes d'artistes qui formeront des courants artistiques, comme les hydropathes par exemple. Rollinat fut l'un d'eux ; un artiste oublié aujourd'hui. Il marqua pourtant la capitale de son empreinte autour des années 1880 par ses écrits et ses interprétations scéniques exubérantes au "Chat Noir"...

Le film raconte l'histoire de ce poète atteint de souffrances comparables à celles de ceux de l'après guerre ; un poète, précurseur involontaire, d'une expression due en grande partie à ses angoisses existentielles.

 

En découvrant cette œuvre poétique passionnante de Rollinat, souvent ténébreuse sinon macabre,  j'ai eu tout de suite envie de connaître l'homme qui se cachait derrière. Comme les écrivains américains de la génération "Beat", je l'ai imaginé perturbé, mal dans sa tête ; je n'étais pas loin de la vérité et mes recherches sur sa personnalité n'ont fait que confirmer mes premières impressions.

 

 

Oui, Rollinat, fils de bonne famille bourgeoise de Châteauroux, né en 1846, a une mère peu aimante et un père disparu très tôt. Très tôt, il se plaint de puissants mots de têtes et d'hallucinations qu'il relate dans son poème "la céphalalgie". Est-ce cet état mental fragile qui le mène vers l'écriture comme exutoire ? Le contexte historique n'arrange rien ; la terrible et oubliée guerre de 1870 le plonge dans un profond désespoir... Plus tard, interprétant et mettant en musique ses poèmes, il sera l'une des premières vedettes du "Chat noir" ; le tout Paris s'y rend entre 1881 et 1883 pour voir cet artiste à la fougue exacerbée comme on n'en a encore jamais vu.

Rollinat n'est pas entré dans la postérité ; il reste pourtant un artiste emblématique de cette époque où apparaissent les premières vedettes, ancêtres finalement, de nos stars de la pop ou des écrivains et artistes contemporains qui refusent le milieu aisé et l'univers dont ils sont issus.

 

Pour ressentir, si ce n'est comprendre, la poésie de Rollinat, je choisis de raconter cette histoire suivant le point de vue du poète ; le film émerge de l'intérieur de sa tête. Nous entrons et parcourons les méandres de ses hallucinations. Le film commence ainsi par la découverte de Rollinat dans ses derniers instants... Il revoit des bribes de sa vie qui se bousculent, ses yeux s'affolent... Quelques images en noir et blanc de personnages comme Burroughs et Ginsberg s'inscrivent également dans ses délires mentaux. Plus tard nous comprendrons leur signification, leur lien avec Rollinat...

 

A travers ce film j'ai envie d'aborder l'acte de création, cette nécessité impérative qui conditionne les artistes, soupape de leur existence souvent incontrôlable... malgré eux.